jeudi 2 avril 2015

Baoxi / Longquan - International Bamboo Architecture Biennale :

WANG Shu est assurément un homme précieux.

Cet architecte chinois, Pritzker Prize 2012, a développé depuis une dizaine d’année une activité architecturale aussi rare que majeure et a en quelques projets ouvert une nouvelle voie à l’architecture chinoise. Son approche, résolument contemporaine, peut se lire comme une réflexion bâtie sur l’identité architecturale chinoise : depuis la mise en scène des atteintes faîtes au patrimoine jusqu’à la redécouverte de techniques anciennes ou à la mise en avant de certains matériaux locaux.
Connu grâce à quelques œuvres majeures (dont le musée de la ville de Ningbo), WANG Shu est également à l’origine de nombreuses initiatives pédagogiques ou expérimentales, qu’il initie ou parraine depuis son agence de Hangzhou et l’école d’Architecture dont il est le directeur (CCAA).
Dans les villes et villages du Zhejiang, la province au Sud de Shanghai dont Hangzhou est la préfecture, de nombreuses initiatives fleurissent. A la suite de WANG Shu, les responsables de ces expériences bâties tentent de répondre aux mêmes questions : comment développer des méthodes et des pratiques plus locales et plus durables, quelles solidarités mettre en place entre la Chine des villes et celle des campagnes et comment construire dans un contexte où les traditions constructives ont été perdues, où la notion de conservation du patrimoine est encore une idée neuve et où le faible nombre des concepteurs est encore trop souvent à l’origine d’une massification des réponses architecturales et urbaines.


Le Village de Baoxi, à proximité de la ville de Longquan, constitue justement le lieu d’une de ces initiatives. A l’invitation des associés de WANG Shu, et en compagnie de Françoise Ged et de Bruno Hubert, j’ai eu la chance d’y passer deux jours et de constituer ce relevé d’impressions et d’étonnements. Dans ce village très isolé, les bonnes volontés semblent nombreuses, l’ambition très importante et les intérêts en jeux sont d’autant plus difficilement compréhensibles.
Au départ de Hangzhou, cette visite débute par un trajet de 6 heures sur les autoroutes neuves du Zhejiang. Ce week-end correspond à une période de congé (le dragon festival) et la sortie de la ville est difficile : vacances, voitures familiales chargées et bouchons, la Chine change…
La sortie s’effectue à Longquan où le maire du village de Baoxi et un responsable du district sont venus nous accueillir.

Le village est encore à près de deux heures de route. La voiture semble s’enfoncer en remontant plusieurs vallées, à travers des villes et des villages de plus en plus petits et des campagnes où les petites manufactures de céladon (porcelaine chinoise vert pâle) festonnent avec les champignonnières en plein champ et les plantations de thé. L’asphalte laisse progressivement la place à une route de gros béton. Les bosquets de bambous se multiplient à mesure que la densité habitée diminue. Une dernière colline et un orage de grêle plus tard, nous descendons vers Baoxi.
Baoxi et ses 3000 habitants, ses champignons et ses fours traditionnels, ses ateliers minuscules et son église. Baoxi et sa Biennale internationale d’architecture en Bambou.

Le contraste est saisissant. Au fond d’une cuvette serpente une rivière à l’eau étonnamment claire qui sépare deux rives. Au sud, un village ramassé où d’anciennes maisons à cours s’adossent à des petites constructions plus récentes. Le clocher de l’église seul émerge de cette nappe. Deux grandes rues et des venelles, une promenade sur les berges, un pont en dur et des passerelles.
Au Nord, c’est le site de la future Biennale. A la manière d’une toute petite exposition internationale des pavillons ont été confiées à des architectes internationaux et répartis sur un site de quelques hectares, sur la rive opposée au village, dans un face à face presque dialectique.
Des architectes américains (George Kunihiro), chinois (Li Xiaodong et Yang Xu), allemands (Anna Heringer), colombien (Simon Velez), italien (Mauricio Cárdenas Laverde), koréens (Sook hee Chun - Wise), vietnamiens(Vo Trong Nghia), Sri lankais (Madhura Prematilleke) ou encore japonais (Keisuke Maeda ainsi que Kengo Kuma) sont venus explorer ici les performances techniques d’un matériau particulier : le bambou.

Les premiers travaux ont commencées en août 2013 et pendant deux ans des expériences constructives vont être menées. Les objectifs sont multiples.
D’abord, il s’agit d’implanter localement un Centre de recherche sur la Céramique et le Bambou, plusieurs hôtels (« Art hôtel » et « Youth Hôtel »), des halles d’exposition (« Life Museum »), des cafés, des bâtiments d’accueil et des prototypes de maison durables.
Ensuite, il s’agit d’organiser un évènement et d’accueillir un public.
Le thème de cette première biennale est « Genius Loci » et l’ambition affichée est bien celle d’une pédagogie par l’exemple : démontrer la faisabilité d’un développement durable et concerté, à petite échelle et intégré au paysage sachant utiliser les matériaux locaux (céramique, galets, terre et bambou) et promouvoir leur usage auprès des habitants comme des entrepreneurs locaux.
Les organisateurs expliquent que ce n’est pas le succès à court terme qui est recherché mais bien la mise en place d’un processus.

Si le site internet explique bien cette ambition (http://www.bamboocommune.com), le séjour local nous encourage au questionnement.
Le dispositif de mini-biennale, sans contact avec la trame urbaine de ce bourg semble isoler cette opération. Ce champ d’expérience peut-il répondre aux enjeux du logement dans cette vallée. Les bâtiments ne semblent pas avoir été pensés pour offrir des usages pérennes après la biennale.

Les responsables du village semblent habités par ce projet. Ils nous accompagnent sur le site, le soir de notre arrivée puis le lendemain en compagnie d’une télévision locale venue spécialement filmer les « experts » étrangers de passage, font un pas de côté pour ramasser (ou faire ramasser) un sac plastique qui salissait la rivière et évoque devant un gigantesque panneau coloré l’aspect à terme du site.
Le jour de notre passage, le site semble désert néanmoins. Pas d’ouvriers sur le site et les bruits sourds que nous avons cru d’abord venir du moteur d’un engin proviennent en fait d’un fouloir hydraulique de bois qui écrase un peu plus loin le kaolin, cette argile blanche qui sera transformée ici en céramique.


Sur leur rive, les habitants sont curieux de nous regarder passer et chacun vaque à son activité sans s’émouvoir de cet évènement à dimension internationale qui avance sur l’autre rive.
A travers les portes ouvertes des maisons et des ateliers c’est une autre vie qui coule et d’autres histoires qui se racontent : ici une champignonnière, un peu partout des portraits de Mao, une grande halle datant de la révolution culturelle et construite par les étudiants déplacés, des rassemblements associatifs.

Le soir venu, à la lumière des néons, les villageois se rassemblent. Mahjong, ping-pong, chants… Un bourdonnent nous attire et nous poussons la tête.
De petites mains féminines s’affairent. Ici on cout des gants de ski.




mercredi 1 avril 2015

Shangarriving 2


De Shangharriving 2

Plus qu’au jour de sa découverte, c’est à la redécouverte d’une ville que ses traits apparaissent parfois le plus clairement.

S’extraire hagard d’une carlingue à la suite d’un long vol, et expérimenter une lucidité émoussée qui touche à la pleine conscience méditative, c’est s’ouvrir à une gamme de sensations trop souvent refoulées. Entre reconnaissance et découverte, ce moment de flottement peut alors être celui d’une compréhension plus claire ou plus personnelle d’une ville ou d’un pays. Il devient alors possible de vérifier, à la manière d’un Marcel Proust de proximité, que les sensations fixent les souvenirs, les odeurs aussi bien et peut-être mieux que les images, les sons, les goûts ou les sensations tactiles.

Revenir en France après plus de 6 mois me permit ainsi de découvrir que Roissy sentait les chaumes de la campagne du plateau briard et que Paris était une ville de pierres beiges et de toits gris, d’enduits clairs aux nuances subtiles, petite et extrêmement unie. Dans le sens inverse, chaque redécouverte de Shanghai tient du grand bain olfactif. Au fur et à mesure que l’on s’éloigne de l’aéroport de Pudong, la sensation prend forme et c’est souvent au-dessus du Huangpu, en filant sur le pont Nanpu vers une quelconque première destination, qu’elle s’exprime pour la première fois :

« Tu reconnais ? Ça sent Shanghai ! »


Shangwhy UPDATE TRIP 2015

Parce que cette ville continue d'étonner et de poser des questions.
Parce que s'invente ici, pour le meilleur et pour le pire, dans le creuset halluciné d'une métropole en fusion, des dispositifs urbains emblématiques et révélateurs.
Parce qu'en quelques années, après l'acmé de l'exposition universelle et dans le cadre de la densification du réseau régional et national des trains rapides, le phénomène urbain qu'est Shanghai a changé d'échelle.
Parce que des crises s'annoncent et que l'avenir radieux de la métropolisation chinoise doit composer avec les alertes sociales, environnementales et urbaines des défis de demain.
Parce que les "faits urbains", les traits saillants et caractéristiques de Shanghai sont toujours plus saillants.
Parce que le goût et l'odeur de Shanghai peuvent finir par manquer.
Parce que Paris est parfois triste et que nos vies sont trop petites.
Parce que c'était elle (Shanghai), parce que c'était moi.
Parce qu'une seule ville vous manque et que soudain tout est dépeuplé...

Il fallait partir et il fallait revenir pour une grande exploration en forme de mise à jour.
C'est le SHANGWHY UPDATE TRIP 2015 !

3 semaines en avril pour comprendre et se transformer.


lundi 14 juillet 2014

Le séminaire en marchant - Shanghai Juillet 2014


Shanghai 2014 par Cite-architecture


En juillet 2014, l’agence REW a participé à l’organisation du «Séminaire en marchant» à Shanghai : une série de rencontres et de parcours ouverts aux professionnels français et chinois intéressés par les problématiques de la ville et l’architecture.
En collaboration avec la Cité de l’Architecture et l’Université de Tongji, nous avons préparé et conçu des itinéraires thématiques dans le district de Xuhui, l’un des arrondissements émergents de la première couronne Sud-Ouest.
Imaginé à la suite de nos explorations précédentes, ce séminaire constituait une forme d’aboutissement inscrit dans le cadre des célébrations du 50ème anniversaire des relations diplomatiques franco-chinoises.


Pourquoi ...? 50 ans de relations diplomatiques
Notre pari est d’imaginer que la France et la Chine peuvent encore mutuellement se surprendre ou s’étonner.
Comment ...? Un séminaire en marchant
 Organiser un séminaire où les participants et la ville de Shanghai seraient le sujet même de la rencontre : un temps de parcours et de notations, un temps d’échange et de discussion, un temps festif et un temps réflexif. Shanghai est une ville complexe et riche qui mérite d’être explorée sous différents angles : les ressources urbaines, les nouvelles technologies et la ville à l’âge numérique, les mobilités, les identités urbaines. 
Qui ... ?
Le séminaire est un moment de partage et d’émulation entre acteurs passionnés de la ville des deux pays. Il est ouvert aux néophytes comme aux habitués des échanges franco-chinois. Les participants au séminaire seront engagés dans un travail collectif. Le but est d’orienter les rencontres autour des connaissances, des sensations et des expériences urbaines de tous les individus : faire émerger de nouveaux concepts par la pratique commune de parcours urbains thématiques.


Le temps 1 : une journée pour prendre la mesure du territoire shanghaien et trois journées d’émulation et de rencontres, suivies de trois voyages thématiques.
Le temps 2 (en cours) : rganiser une synthèse issues des perceptions et lectures croisées de la centaine de participants.

lundi 8 juillet 2013

Pudong, la réinvention de la dalle

Pudong état des lieux.
Toujours plus de tours (on me dit que beaucoup de surfaces sont inoccupées).
Toujours plus de commerces.
Toujours plus de traffic : la présence des passerelles installées a posteriori dans le quratier tient presque de la "dalle tardive".
La Shanghai Tower, troisième grande tour de Pudong, est très avancée. Avec ses 632 m, elle sera le deuxième plus haut bâtiment au monde.
Depuis l'Empire State Building fini en 1929 à la Burj Dubai Tower finie en 2008, les gratte-ciels spectaculaires semblent toujours venir en fin de cycle. Et si la bulle immobilière chinoise explosait ?


















jeudi 4 juillet 2013

Retour à Zhujiajiao

Zhu Jia Jiao a singulièrement changé.
Cette ville d'eau historique (l'un des rares ensembles existant encore dans le delta du Yangtsé), gérée par l'ambitieux district de Qingpu, a changé d'échelle.
Des îlots néo-chinois tout neufs et une mutation qui a vu les rares habitants disparaitre au profit de commerces à destination des touristes. Même à notre échelle (2009-2013) le changement est epoustouflant.
Les acteurs locaux nous jurent n'avoir que très peu détruit (une usine apparemment) mais l'atmosphère n'est plus la même.

Voir l'excellent article de Harry den Hartog (Urban Language) pour le magazine MARK : ici.
Les images de notre précédent passage : ici.





Tianducheng, le quartier "français" de Hangzhou

Hangzhou, 200 km à l'ouest de Shanghai.
Dans la lignée des villes dupliquées du programme One City Nine Towns voici le quartier "français" de Tianducheng.
Avec sa Tour Eiffel de 108 mètres, son château de la Loire, son mini Versailles, son jardin à la française, son village alsacien et ses immeubles haussmanniens, le quartier n'a rien à envier à l'athmosphère chimérique de Thames Town ou au goût du jeu de Holland Village. Le quartier a pourtant été développé à une autre échelle et selon une autre structure. Le schéma urbain retenu paraît être moins inspiré des expériences urbaines américaines du nouvel-urbanisme (comme la ville de Celebration en Floride. La solide trame urbaine chinoise n'a été adaptée ici qu'à la marge.

Ce quartier, conçu pour 100.000 personnes par la société immobilière Zhejiang Guangsha Co. Ltd. (dirigée par Lu Xiaotian), se développe sur près de 19 km² (1900 ha). Construit de 2002 à 2007, la «French Town» décline des logements collectifs (plutôt abimés), des lotissements fermés, de très rares villas isolées (une Rolls Royce avec chauffeur attendait devant la porte quand je suis passé) et un parc à thème.

Peu ou pas d'activité en milieu de journée. En grande majorité, les rez-de-chaussée commerciaux ne sont pas utilisés. La Tour Eiffel n'est presque pas accessible (deux clôtures à escalader et un gardien à feinter) et elle rouille doucement au milieu de jardins sauvages. Cette vision jardinière et iconique est incroyablement puissante.
Autour, des baraquements et des affiches qui promettent l'arrivée prochaine d'un centre commercial (à la place ou pas, impossible de le savoir) inspiré de Times Square.

Le quartier amuse, intéresse et effraie à la fois. L'abandon relatif de ce quartier permet de lire de façon crue la spéculation immobilière en cours (beaucoup d'appartements sont vides ici).




mercredi 3 juillet 2013

Retour sur le mur du MAGLEV

Pour nous ce lieu était emblématique.
Le train le plus rapide et le plus moderne du monde, son terminal multimodal futuriste et, péniblement caché derrière un mur de tôle, un espace représentatif un moment du développement urbain chinois.
A chacune de nos visites à Shanghai, nous revenions sur ce lieu de confrontation (en 2009, 2010 et 2012). Différentes villes, différentes populations et une interface ville campagne à la fois violente et pleine de possibilités.
Inconstructibilité imposeé par Maglev, interstice accidentel, la raison de son existence ne nous est jamais apparue comme une évidence.
De passage en passage, cette enclave paraissait de plus en plus fragile.
En Juillet 2013, les jardins sauvages ont disparu et un chantier est en cours.
Des piliers de béton et une nouvelle boîte à côté du terminal : prolongation ou doublement ?






























lundi 21 janvier 2013

Shangwhy le livre

Cadeau 2013, le livre est mis en ligne.