jeudi 9 avril 2015

Métro ligne 16, coupe territoriale révélatrice

La ligne 16 a longtemps constitué un mystère.
Depuis 2009, j’avais en effet pris l’habitude de considérer un lieu particulier, à la façon d’un "témoin" des évolutions urbaines et territoriale en cours. Ce lieu était situé au terminus du Maglev, là où ce train ultra-rapide qui conduit à l’aéroport de Pudong, rejoint le métro ligne 2 (Station Longyang Road) et le premier périphérique de Shanghai ;soit un lieu de la première périphérie où a subsisté pendant longtemps un espace utilisé pour un jardinage périurbain.
En 2010, le jardin était encore là, caché derrière un mur de tôle, et ce face à face entre le train le plus rapide du monde et un jardinage informel massif me semblait révélateur.
En 2012, le jardin était devenu un terrain vague.
En 2013, des piles de bétons très massives avaient été édifiées sans que je connaisse la destination de ce chantier.
En 2015, le mystère est levé : parallèlement au terminus Maglev, une nouvelle station avait été édifiée. La ligne 16 du métro de Shanghai était née.

Quelques chiffres :
- Shanghai n’avait pas de métro en 1994. Aujourd’hui il y a 16 lignes soit un réseau de 567km et 331 stations.
- Paris a inauguré sa première ligne de métro en 1900. Aujourd’hui il y a 16 lignes (avec les lignes bis) avec un réseau de 220 km et 302 stations. En 2030, il faudra ajouter 4 lignes supplémentaires 200 km et 72 gares.
La comparaison peut toutefois s’arrêter là, Shanghai n’ayant pas séparé le métro et les trains régionaux (RER, transiliens).

Quelques points :
- La ligne 16 du métro de Shanghai est une ligne, du réseau métropolitain de la ville de Shanghai, en Chine. La ligne dessert le sud-est de la ville, et en particulier le district de Pudong, entre les stations rue Longyang et lac Dishui.
- Sa construction a débuté en 2009, et la mise en service eut lieu le 29 décembre 2013. La seconde phase fut complétée lors de l'année 2014 et sa mise en service eut lieu le 28 décembre 2014.
- D’une longueur totale de 59km, la ligne 16 est la plus longue ligne en viaduc en U du monde.
- SYSTRA Shanghai, en collaboration avec SYSTRA India, a été impliqué dans les phases études suivantes pour la construction de la ligne.

Quelques impressions :
 - les trajets en métro à grande échelle à Shanghai constituent souvent, dès que l’on sort de l’hyper-centre et que les lignes sont aménagées en viaduc, de grandes coupes mobiles révélatrices.
 - Pudong (que la ligne traverse puisqu’elle relie l’hyper-centre) apparait ainsi comme un territoire aménagé de façon extensive et systématique, nervuré d’infrastructures et sectorisé par un schéma routier systématique.
 - Les espaces libres de Pudong sont nombreux et là où l’agriculture était systématique en 2009, des terrains vagues sont apparus qui témoignent des atteintes croissantes faites au sol.
- Le territoire shanghaien demeure, à grande échelle, peigné et composite.


mercredi 8 avril 2015

KIC Village Shanghai, la possibilité de l'immeuble d'angle

Une visite conseillée par l’ami JIAN Zhou : un quartier dédié à l’innovation et au savoir à proximité de l’université Tongji. 

Le détour du côté du stade de Jangwan permet une découverte extraordinaire : il y aurait des immeubles d’angle contemporains à Shanghai.
Ici ce n’est pas l’hygiénisme seul qui préside à l’organisation des formes urbaines et retrouver à Shanghai des immeubles de 7 étages, avec leurs balcons et leur cours plantées semi-publiques, une trame marchable et des îlots petits, une mixité systématique, des rez-de-chaussée commerciaux sur rue et une intention de traitement de l’espace public, soit tous les gimmicks de l’urbanisme dense et durable européen, constitue la véritable surprise. (Plutôt décevante en terme de dépaysement mais plutôt agréable pour ce café bu en terrasse à l'ombre d'une rue animée et non bruyante - expérience banale à Paris mais véritable rareté à Shanghai.)
Evidemment le quartier a un organisme de management urbain (lié à son promoteur "Shuionland", l’initiateur de Xitiandi) et un site.
SOM Co., Ltd. (Skidmore, Owings and Merrill, LLP) a été le "asterplan consultant of the overall community development".



mardi 7 avril 2015

Yuz Musuem Shanghai

Ouvert en mai 2014, le YUZ Museum est un lieu d’exposition temporaire privé. Avec le Long Museum tout proche, il place Shanghai et le Westbund à Xuhui sur la carte culturelle chinoise ; dans une ville d’abord marchande où cette dimension a longtemps été moins développée qu’ailleurs.
La majeure partie du musée est constitué par une ancien hangar d’aviation de l’aéroport désaffecté de Longhua réhabilitée par l’architecte japonais Sou Fujimoto.

Long Musuem, Deshaus architects ,Shanghai

Le Musée Long a ouvert sur le site du West Bund en mars 2014. Conçu en 2012 par l’agence chinoise Atelier Deshaus, il constitue, avec ses 33.000 m²et son esthétique néo- kahnnienne, le dernier joyau architectural shanghaïen. 
Une série de voussoirs de béton bruts s’emmêlent autour d’une ancienne structure qui permettait ici de trier et de distribuer du charbon. Le musée est privé et présentes aussi bien des estampes rares (au sous-sol) que les travaux d’artistes contemporains (en avril une rétrospective sur le travail de XU Zhen).
 Ce bâtiment établit par sa matérialité, la qualité de ses bétons, et ses formes évocatrices un point de contact entre une composition muséale savante et le génie chinois des infrastructures.
 Ce bâtiment érigé au niveau d‘un ouvrage d’art nous rappelle que les meilleurs ingénieurs chinois se sont formés sur les chantiers des ponts, viaducs et tunnels qui ont couvert le payse depuis 20 ans et que la prééminence de ces travaux est en Chine une histoire ancienne.

Shanghai West Bund / Xuhui Riverside

Depuis les berges neuves du Bund de Xuhui, le ballet des barges noires qui remontent et descendent sans cesse le fleuve possède un réel pouvoir hypnotique.  Les péniches s’en vont, les péniches s’en viennent... et les aménagements réalisés pour la biennale d’architecture de 2013 préfigurent une relation renouvelée de la ville avec son fleuve.  Face au quai, plusieurs musées exceptionnels (Le Long Museum et le Yuz Museum, voir les autres posts) entreprennent de placer Shanghai sur la carte des villes de culture et de grands projets s’annoncent derrière les palissades.




lundi 6 avril 2015

Les autoroutes du Zhejiang

La Chine vue des autoroutes vaut bien celle du train.
La vision est simplement plus neuve puisque si depuis une première découverte de la Chine en 2009, l’habitude est presque venue de lire le territoire par le rail, souvent à grande vitesse et à niveau constant, l’occasion ne s’était pas présentée d’effectuer un trajet au long cours sur une voie terrestre. Une escapade architecturale (voir post précédents) dans le Zhejiang en offre l’occasion.

L’autoroute, contrairement aux rails souvent cantonnés aux plaines, s’attaque sans sourciller à la moyenne montagne et aux premiers escarpements. Les autoroutes du Zhejiang filent ainsi en haut des pentes moyennes, flirtant avec les terrasses où pousse le thé. En Chine la terre cultivable est rare, les terrains plats le sont aussi.
En train, surtout dans le TGV chinois, la grande vitesse génère la surprise. Souvent, entre deux villes majeures surgissent brusquement des polarités intermédiaires inattendues : une grappe de tour qui ne s’annonce pas et qui semble vous sauter au visage, emplissant en un instant toute la fenêtre ou bien encore une pièce de campagne cultivée, à peine aperçue et si tôt disparue
La voiture réintroduit une certaine continuité. Le long du bandeau routier, à une vitesse moindre, les transitions sont plus lisibles.
L’avion survole, le train transperce et la route accompagne.

A hauteur de roue, le Zhejiang paraît très grand et la véritable logique qui préside aux différentes installations apparaît clairement : dans le territoire en ébullition chinois et dans cette zone côtière si convoitée la pente qui décide tout.