mercredi 15 avril 2015

Shanghai/Suzhou A/R : la campagne chinoise comme un plateau technique

Prendre le temps d’arpenter le delta du Yangtsé par les nouveaux corridors ferroviaires pour tenter de lire le territoire et mieux comprendre la grande échelle d’un développement en cours.
Inaugurée en 2010 la ligne permet de remonter le fleuve à grande vitesse jusqu’à Nanjing.
L’aller/retour entre Suzhou et le hub de Hongqiao prend moins de trois heures et permet d’apprécier la densification des réseaux à l’échelle du Delta. Poteaux métalliques ou viaducs qui organisent :
- un réseau routier avec des voies toujours plus spécialisée et hiérarchisée
- un réseau électrique qui irradie partout à partir des grandes centrales au charbon
- un double réseau de train (rapide et lent) qui relie polarité majeure et polarité moyennes, îlots de densité jaillissant de façon inattendu le long des voies.

L’ancien réseau des canaux et des digues, cette architecture du sol millénaire qui structurait ce terroir agricole hyper-fertile est devenu secondaire.
La pollution est généralisée et ici la campagne est devenue un plateau technique pur.


mardi 14 avril 2015

The Hongqiao Hub, une froide vision du transport

Hongqiao, l'autre aéroport de Shanghai.
L'aéroport historique de Shanghai a connu plusieurs vies.
D'abord aéroport militaire à partir de 1907, il s'ouvre à l'aviation civile dès 1923. A partir de 1999, il est relégué au rang d'aéroport intérieur avec l'ouverture de Pudong.
Il devient alors l'autre aéroport ; plus petit et moins connecté.
Le développement du réseau des TGV chinois (programme lancé en 2007 change la donne et lui donne un nouveau souffle).
Plus proche (à 15 km du Bund quand Pudong est à 30) et connecté au réseau ferré (alors que Pudong est excentré et isolé sur la côte Est) il  change de dimension avec l'inauguration de la gare de Hongqiao en 2010. Cette plus grande gare d'Asie (1,3 millions de m² sur 4 niveaux qui a nécessité deux fois la quantité d'acier utilisée pour le "Bird's Nest", le stade olympique de Pékin) est inaugurée en même temps que la liaison rapide Shanghai Nankin.

On ne parle plus de l'aéroport ni de la gare mais plus rapidement du Hub de Hongqiao qui possède sa propre identité (son site web : http://www.thehub.com.cn), multiplie les records (4ème aéroport de Chine et première gare en terme de passagers) et génère sa propre logique de développement.
Cet ensemble ultra-fonctionnel constitue presque une leçon de lisibilité et d'évidence dans l'organisation des fonctions et la répartitions des flux.
Les grands parallélépipèdes Boulléens (à la suite d'Étienne-Louis Boullée) constituent des repères inscrits à l'échelle du schéma autoroutiers.

Contrairement à l'aéroport de Pudong (dessiné par ADP) ou à la gare du Sud (dessinée par AREP), il n'y a pas ici de signature architecturale ou d'ambitions sur les formes à proprement parler.
Il s'agit très prosaïquement d'une machine à voyager, la plus sèche, claire et transparente qui soit. Une leçon d'efficacité froide et dénuée de sentiment qui n'est pas sans évoquer la grande gare centrale du Plan Voisin de 1925.
Le Corbusier ne connaissait pas l'A380 et chez lui les avions se posaient simplement sur le toit.





lundi 13 avril 2015

Antig Automobile Town

Ville de l'ennui autour de l'usine Volkswagen. (photo ci-dessous)
Plus loin, la ville allemande dessinée par Albert Speer Junior et déjà visitée en 2009.



Pas de photos mis à jour mais un film est en préparation. En attendant :

dimanche 12 avril 2015

Jiading 2015

Vues du sol, vues du ciel : traces et patrimoine au cœur d'un district périphérique aussi ancien que la ville de Shanghai.
Le principe de fortification par un système de canaux périphériques est millénaire. Les voies sont anciennes mais le bâti est neuf.


samedi 11 avril 2015

Disneyland Shanghai… No trespassing

L’intuition est maintenant bien connue. Rem Koolhaas, dans son manifeste rétrospectif du manhattanisme ( New York Délire, 1978), à la recherche hallucinée des principes générateurs qui ont accompagnés sinon permis l’émergence de New-York, conçoit l’île de Manhattan comme un laboratoire et le parc d’attraction de Coney Island (la bande de sable à l’extrémité de Long Island que d’aucun ont qualifié de "clitoris de Brooklyn") comme un incubateur particulier ("an incubator for Manhattan’s incipient mythology").
"Entre 1890 et 1940, une nouvelle culture (l’ère de la Machine) choisit Manhattan comme laboratoire : île mythique où l’invention et l’expérience d’un mode de vie métropolitain et de l’architecture qui lui correspond peuvent se poursuivre comme une expérimentation collective qui transforme la ville entière en usine de l’artificiel, où le naturel et le réel ont cessé d’exister."


Un article d’Annabelle Gugnon dans le journal Le Monde en 2010 situait assez bien la puissance de cette analyse : "La contrefaçon des sensations a saisi l’architecture de tout le XXe siècle pour aboutir, au XXIe siècle, à un monde dont les utopies sont toujours des apogées. Plus on s’éloigne du sol, plus on s’éloigne de la réalité, plus le prestige et la conquête sont valables. La réalité est malléable à souhait : le faux et le vrai se dérangent sans jamais se rejeter. Le tourisme est partie prenante de ces fictions du monde, de rêves et de surfaces errantes."

En 1955, quand Walt Disney inaugure son premier parc d’attraction à Anaheim, dans ce qui est alors une "banlieue" agricole de Los Angeles, un nouveau moment s’ouvre.
Opérant la synthèse entre différents univers, son projet clôt est contrôlé constitue tout à la fois un projet nostalgique et une anticipation futuriste. Disney Land apparait comme un projet tout à la fois rétrospectif et prospectif : Fantasyland et Tomorrowland.
L’articulation de ces univers antinomistes est établie par une figure urbaine qui devient centrale dans le Parc, incontournable et majeure, alors même que cet archétype urbain disparaît dans le Los Angeles des années 50 et 60 : la rue.
Main Street USA, à la fois porte d’entrée, couloir de distribution et attraction en tant que telle, réinvente la rue au moment même ou les fonctionnalistes et les modernes la condamnent : la rue simulacre est née, nouvel archétype "zombie" qui influencera les "New urbanists" post-modernes à partir des années 80.

Si Coney Island est le laboratoire de la densité et de l’hyper-ville spectaculaire, Disney Land est peut-être alors celui de la thématisation artificielle, de l’étalement sectorisé et du simulacre commercial : autant de dimensions qui décrivent assez bien le projet fantasmatique shanghaïen : Shangwhy, capitale du XXI e siècle.
La figure du train monorail rapide, véritable icône de la modernité depuis les futuristes italiens, n’établit-elle pas un lien ? Le Disney land Monorail (1961) n’est-il pas la préfiguration du Maglev (2004), le train à suspension magnétique qui établit le lien entre l’aéroport et le centre-ville : le même objet technique, du fantasme/simulacre à la réalité.

Et Shanghai va donc accueillir un nouveau parc d’attraction : Disney Land Shanghaï.
Les pourparlers ont commencé en 2006 pour l’installation d’un deuxième parc Disney en Chine soit un an à peine après l’ouverture de celui de Hong Kong (en 2005).
Le projet est officialisé en 2009 et approuvé par le gouvernement chinois. Dès la clôture de l’Exposition universelle en novembre 2010, l’interdiction de travaux est levée et le chantier débute.
Le terrain consacré au projet de Pudong est quatre fois plus étendu que celui de Hong Kong.
Comme s’il pouvait en être autrement à shanghai, le parc sera le plus grand a son ouverture de tous les parcs Disney au monde et aura « un grand nombre de nouveautés telles qu'un château inédit (l'Enchanted Storybook Castle), des attractions aquatiques et des lands totalement renouvelés », a indiqué Disney.
"En mai 2014, Disney dévoile le plan de masse du parc et indique qu'il a été dessiné selon le même concept que Disneyland Paris : créer de toutes pièces un nouveau Royaume Enchanté et non simplement copier un ancien parc afin de ne pas refaire la même erreur qu'avec Hong Kong Disneyland. Ce dernier a beaucoup souffert de son manque d'originalité auprès du public, puisqu'il fut construit d'après le Royaume Enchanté de Californie." (source wikipédia)

Il n’en fallait pas beaucoup plus pour me motiver à aller faire un petit tour de ce nouveau "haut lieu" bientôt accessible grâce à une ligne de métro en chantier mais dont je me suis approché ce jour-là à l’arrière d’un scooter-taxi informel.
Le temps était à la pluie et nous avons louvoyé autour et à procimité du chantier pendant quelques heures jusqu’à l’arrestation.
Une arrestation privée, avec vigile, mais une arrestation quand même qui m’a conduit jusque dans un bureau où une responsable anglophone m’a demandé ce que je faisais ici.
Les explications l’ont sans doute convaincues (j’ai résumé le propos quand même) et j’ai été « relâché » non sans avoir été invité à effacer la carte mémoire de mon appareil photo et après m’être assuré que si en tant que Laowei, je ne risquais pas grand-chose, mon chauffeur du jour ne serait lui pas inquiété.
la sécurité Disney : à l’intérieur d’un gros gant blanc… une main de fer à quatre doigts.

Il m’a fallu donc revenir pour me faire quelques impressions et essayer depuis les autoroutes qui entourent le site, le donjon du château en chantier.
Cette attraction de plus est-elle véritablement une chambre d’acclimatation, un incubateur koolhaassien d’une hyper-modernité chinoise en cours d’invention ou la simple reprise de recettes occidentales implantées dans un nœud autoroutier de Pudong ?
Il faudra peut-être revenir.

Ouverture en décembre 2016.






vendredi 10 avril 2015

Sheshan - "Center of the Circle"


Se promener autour de Sheshan et trouver porte close devant un quartier résidentiel fermé.
Cet "gated community" à la chinoise s’appelle "Center of the circle". Parfois les toponymies sont explicites.



Sheshan Hill, 6 ans plus tard

Revenir à Sheshan, 6 ans après.
Shanghai est une ville plate et son sous-sol est constitué de limons accumulés. A Shanghai, l'horizon est donc souvent horizontal (dès que l’on s’éloigne de l’hypercentre et que la trame s’écarte), la géographie souvent manipulée ou inventée. Partout la logique de la plaine peignée s’impose… partout sauf à Sheshan.

Sheshan est la première montagne, le premier contrefort des collines qui occupent un e partie importante du Zhejiang que l’on rencontre quand laissant la mer de Chine, l’on s’éloigne des zones côtières en direction de l’Ouest. Le rapport de la ville recoupe plusieurs dimensions qui sont à l’origine de plusieurs principes d’installations qui ont déterminé l’usage de cette partie du territoire.
Pour les anglais, après le traité de Nankin, une colline est un lieu stratégique sur lequel il est intéressant de s’installer. Dès 1863 un chantier est engagé : une cathédrale occupe le sommet.

Dans le Feng Shui Chinois, la meilleure configuration d’installation est en rapport avec la pente. Le principe de « la montagne derrière, l'eau devant » détermine les meilleurs sites.
Il n’est dès l’ors assez compréhensible de trouver au pied de cette colline des programmes exclusifs, des lotissements fermés (des formes urbaines très chères et très rares en Chine, rareté de la terre aidant), des hôtels de luxe, des golfs… Sheshan est un des quartier conçu selon le principe de l’exclusivité et de l’exclusion.

Dans la Chine contemporaine qui profite toujours d’avantage de son enrichissement récent et se convertie graduellement à la société des loisirs, Sheshan constitue une destination. L’opportunité de profiter d’un environnement moins dégradé, de monter et descendre des pentes où d’accéder à l’une des attractions locales (un jardin sur les pentes, deux parcs d’attractions dont le très fameux Happy Valley) : il y a foule le week-end dans le secteur.

Ici et là, l’individualisation progresse. Des petits groupes pêchent de façon solitaire et des groupes d’amis organisent même des barbecues. La Chine change, ils sont même venus en voiture.



L’exercice du avant après :
Le territoire depuis Sheshan en 2009 et en 2015.




jeudi 9 avril 2015

Dishui Lake Harbor City

Retour à Dishui Lake 6 ans après les premières explorations.
 Nous sommes à l’extrémité Sud-Est de Shanghai, au bord d’un lac artificiel parfaitement circulaire, le rivage inventé d’une ville qui n’a pas de bord de mer. Le lac est une création et si le profil de Shanghai ressemble à un nez, ce lac en est le grain de beauté (ou le bouton) qui en marque l’extrémité.
 Soit un lac plutôt triste et sa rive artificielle, plutôt très occupée aujourd’hui, entouré d’une ville nouvelle, la Dishui Harbor New Town, qui a sans doute oubliée qu’elle fit un jour parti du programme incroyable des One city/Nine towns, dont le caractère proprement générique surprend.

Ville de la série et du monument improbable mais surtout ville de l’éloignement et ville de la mise à distance. Ville du vide, de la grande dimension et de l’ennui enfin et d’une spatialité unique qu’il est possible de lire selon plusieurs dimensions et qui apparaît comme le précipité parfait de plusieurs tendances globales, pas si opposés en fait.
 Cette création urbaine est un croisement unique, inquiétant et rassurant à la fois de plusieurs logiques :
 - une ville à la dimension d’une trame automobile d’influence américaine : un ville préparée pour la massification espérée du développement individuel,
 - une ville à l’échelle de la démesure politique chinoise : la grande échelle, les compositions magistrales symétriques, l’espace public dégagé, panoptique et contrôlée,
 - une ville de la mise à distance écologique : le jardinage systématique comme vertu a priori, un espacement bio-divers inutilisable, un jardinage ici stérile qui avec un coût de main d’œuvre grandissant ne sera bientôt plus entretenu.

Ici, tout est vide et tout est loin.